[Page mise en ligne en septembre 2008]
Le
K I, aussi appelé crématoire I ou "vieux crématoire" (en référence
aux quatre qui seront construits à Auschwitz Birkenau en 43) sera utilisé du 15
août 40 à la fin juillet 43.
Höss
est officiellement nommé commandant du camp le 4 mai 1940. Les premiers groupes
de prisonniers arrivent au cours du même mois. Ce sont d’abord des Allemands,
prisonniers de droit commun. Ils constitueront la première équipe d’encadrement
(prisonniers de fonction). Le 14 juin 40 arrive un convoi de 728 prisonniers Polonais.
Leurs attributions seront de mettre en place le camp (aménagements et
agrandissement) à partir des bâtiments existant de l’ancienne caserne
Polonaise. [Pour
des informations d’ordre général sur Auschwitz 1, cliquer ici pour voir la page spécifique.]
Le
crématoire sera commandé d’emblée. Pour autant, aucune extermination
systématique n’était alors mise en place. Le rôle attribué par les SS à ce
crématoire était de faire disparaître les corps des prisonniers lorsqu’ils les
tuaient (en les abattant ou en conséquence des mauvais traitements subis). Cette
modalité permettait ainsi au camp de fonctionner en vase clos, et de n’avoir
pas de compte à rendre sur le nombre et les raisons des décès, ce qui aurait pu
être le cas si les corps avaient été amenés au cimetière de la ville (ce qui
s’est produit dans les premiers temps de l’existence du camp de Dachau).
Voici
un plan du K I par la firme Topf und Söhne du 25 septembre 1941 (Archives d'Auschwitz) :

1 : Entrée, vestibule.
2 : Pièce pour les vêtements des victimes.
3 : "Waschraum" pièce
appelée salle de lavage (des corps).
4 : "Leichenhalle" salle
des cadavres ou morgue.
Les corps y
étaient entreposés en attente de leur crémation. Les fusillades (groupes de
prisonniers peu importants en nombre) eurent souvent lieu également dans cette
pièce. A partir de l’hiver 41 / du début 42 ce fut la chambre à gaz.
5 : "Ofenraum" : la
salle des fours avec les trois fours bimoufles(= à 2 foyers).
Les corps
étaient déplacés à l’aide d’un chariot sur rails jusqu’à la plaque ronde pouvant
tourner dans toutes les directions que les prisonniers appelaient "la
szajba". De là partaient des rails plus étroits sur lesquels se déplaçait
une autre sorte de chariot métallique (un exemplaire en est encore visible
aujourd’hui dans cette même pièce) servant à amener les corps vers l’un ou
l’autre des fours et à les y pousser.
6 : A l’origine, un petit bureau
(une "Schreibstube", qui fut supprimée ensuite) et l’entrepôt de
coke. Les prisonniers rattachés au crématoire y étaient enfermés lors des exécutions
(témoignage A. Fajnzylberg).
7 : La "salle des urnes".
En effet, les
cendres récupérées dans la salle des fours étaient réparties au hasard dans des
urnes, fermées ensuite avec des couvercles de tôle sur lesquels seraient
inscrits les noms, date de naissance et de mort de prisonniers. En fait, le
service politique du camp donnait des listes avec ces noms et informations. Il
s’agissait de prisonniers non Juifs dont les familles avaient été prévenues du
décès de leur proche. Les SS leur proposaient alors, contre espèces sonnantes
et trébuchantes, l’envoi des cendres. Cette pièce était remplie de centaines de
telles urnes en attente comme en témoignera Filip Müller, SK survivant.
Pelagia
Lewinska, prisonnière n°32.292, arrivée à Auschwitz en janvier 43 se souvient
aussi, dans ses mémoires parues en 1945, que "il y avait des familles qui
acceptaient cette offre de la Gestapo et donnaient leurs derniers sous pour
reprendre les chères reliques des mains des barbares".
8 : La cheminée (qui sera
démolie et reconstruite en 42 parce qu’elle ne résiste pas et se fissure dangereusement).
[Pour
toutes les informations concernant les travaux des différents crématoires, voir
les ouvrages de J.C. Pressac, fondés notamment sur l’étude des Archives de la "Bauleitung",
le service des constructions.]
La construction du K I sera achevée durant l’été 40 et la première utilisation du premier four bi-moufle est datée du 15 août (installation du deuxième four en février 41, et du troisième four en mai 42). A cette époque, le Sonderkommando n’existait pas en tant que tel. Les prisonniers affectés aux travaux concernant les corps étaient le "Leichenträgerkommando" (commando de porteurs de cadavres) qui devait prendre en charge chaque soir les morts de la journée pour les amener au K I, et le "Krematoriumskommando" qui devait assurer leur incinération. Les deux seuls survivants ayant fait partie de ce commando en 1942, Filip Müller et Alter Fajnzylberg, font état (dans leurs témoignages, en 1945) de commandos d’une dizaine de prisonniers à cette époque. A son affectation dans ce même commando en janvier 43, Henryk Tauber confirme que ce nombre était toujours identique.
Les
premiers "gazages de masse" au K I commencèrent début 1942,
après l’expérimentation du Zyklon B dans le sous-sol du Block 11 fin 41, alors
que la décision de "la solution finale" (l’extermination des Juifs
d’Europe) avait été prise en haut lieu et le commandant Rudolf Höß averti du
fait qu’il devait organiser son camp afin d’en assurer la mise en place
concrète.
Les
déportés arrivent en général en train, entassés dans des wagons de
marchandises, sans eau et sans nourriture. Ils sont le plus souvent en
famille, hagards, épuisés et terrorisés et doivent marcher jusqu’au camp dans
l’incompréhension et l’appréhension les plus totales face à ce qui leur arrive.
Dans un premier temps, ils sont directement menés dans la chambre à gaz du K
I. Un SS en ferme la porte étanche, puis d’autres montent sur le toit plat
du bâtiment pour verser les granulés de gaz Zyklon par les ouvertures
pratiquées à cet effet dans le plafond de la chambre à gaz. Des camions étaient
sur place, leur seul but étant de faire tourner les moteurs à plein régime afin
de couvrir les cris des victimes parce que le K I jouxte le camp…
Le K I tel qu'il est actuellement – Archives personnelles (2004).
Les 17 et 18 juillet 42, Himmler vient à Auschwitz voir la progression des travaux pour l’entreprise IG Farben (chantier de la Buna à Monowitz) et la mise en place de son ordre d’extermination. Il assiste ainsi à Birkenau à la sélection (entre "aptes" à travailler et "inaptes" : femmes, enfants, personnes âgées) d’un convoi de Juifs de Hollande, puis à leur gazage au Bunker 2. Le deuxième jour, il visite le camp souche. Au K I il voit les trois fours bi-moufles et la nouvelle cheminée en construction (achevée le 08 août). Avisant un tas de vêtements épars, il demande de quoi il s’agit : ce sont ceux des dernières victimes de la chambre à gaz du K I, récupérés sur les cadavres. Ces vêtements sont abîmés, salis… le Reichsführer s’emporte et exige que, désormais, les victimes se déshabillent elles-mêmes afin que le plus grand soin soit apporté à leurs effets qui, ensuite, sont envoyés vers l’Allemagne. C’est donc la procédure qui sera mise en place à partir de là. Devant l’évidente réticence des déportés Juifs à se déshabiller dans la cour fermée du K I (ou dans l’une des premières pièces de l’entrée si les groupes étaient plus petits), une nouvelle stratégie perverse sera mise en place, un rapide discours leur sera tenu par un officier SS, à la fois destiné à convaincre et à gagner du temps : on leur dit qu'il s’agit de prendre une douche désinfectante et de faire au plus vite parce qu’une soupe chaude les attend ensuite, qui risque de refroidir plus ils tarderont...
Après
la construction de la nouvelle cheminée et la mise en place du 3è four au
printemps 42, le crématoire fonctionne à nouveau à plein régime (après trois
mois d’interruption durant lesquels les corps seront enterrés dans des fosses
communes à proximité de Birkenau). C’est alors en particulier l’incinération
des corps des victimes de la redoutable épidémie de typhus qui sévit dans le
camp. A nouveau, cette utilisation intensive du K I cause des dommages à la
cheminée.
L’ingénieur
K. Prüfer de l’entreprise Topf est convoqué à Auschwitz où il se rend le 18
août. Le 19 ce sont trois crématoires qui sont commandés en plus du K II dont
les travaux ont déjà commencé. Les prévisions sont les suivantes : un K
III identique au K II et construit à proximité et en miroir (qui sera
effectivement réalisé ainsi). Un K IV et un K V respectivement proches des Bunkers
2 et 1 [pages spécifiques Bunker 1 et Bunker 2 ici]. Ces K IV et V sont alors
prévus pour la crémation des corps sortis des chambres à gaz que sont les
Bunkers, nous verrons que ce projet sera finalement modifié.
Le 03 décembre 42, les 380 prisonniers membres du Sonderkommando de Birkenau sont gazés. Leur crémation a lieu dans les fours du K I. (Pour la chronologie des principales étapes concernant les membres des SK, cliquer ici).
Le 4 mars 43 les 12 prisonniers Juifs et les 5 prisonniers Polonais du Sonderkommando du K I sont transférés à Birkenau où les quatre nouveaux crématoires vont entrer en service. En juillet de la même année l’activité du K I est définitivement suspendue.
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