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David Olère

Partie VI : Après le 18 janvier 45

 

 


[Toutes les illustrations de ces pages sont publiées avec l’accord de son fils Alexandre Oler et toute reproduction en est interdite sans son autorisation. J'en profite pour le remercier "officiellement" pour sa disponibilité, sa confiance et son aide constantes.]

 

Marche de la mort - red


Les troupes Soviétiques approchent du camp. Les prisonniers de Birkenau témoignent du fait que, depuis un certain temps déjà, la situation était particulière et les attitudes des SS étranges et différentes à leur égard.
En ce qui concerne les membres des SK, depuis la fin novembre 44 et la dernière sélection dans leurs rangs, ils ne sont plus qu’une centaine encore vivants alors que six mois auparavant, ils étaient près de mille. Soixante-dix d’entre eux sont employés à démanteler trois des quatre crématoires de Birkenau et les trente autres sont affectés au K V, seul encore en fonctionnement pour l’incinération des corps des prisonniers qui meurent dans le camp.

Et puis l’évacuation est annoncée dans une grande pagaille. Tous les prisonniers valides doivent se regrouper et partir. Beaucoup hésitent : vaut-il mieux essayer de rester au camp avec les malades (ces prisonniers seront libérés dix jours plus tard par l’Armée Rouge) ou partir avec la longue colonne que David Olère représente ici ?

Ceux qui n’hésiteront pas un instant, ce sont les prisonniers du Sonderkommando. Ils n’en reviennent pas que les SS les aient oubliés. En effet, c’est bien le cas, incroyablement. C’est inespéré. Pas une seconde à perdre, il ne s’agit pas de chercher à comprendre. Le dernier groupe de SK se mêle donc anonymement aux milliers de prisonniers en partance. Les survivants de ces Marches de la mort sont ceux qui portent témoignage depuis leur libération. Parmi eux, bien entendu, David Olère.

Commence alors ce qu’on appelle les "marches de la mort" (voir définition ici dans le glossaire) pour lesquelles l’expression "marche ou crève" prend un sens strictement concret : qui est trop épuisé pour avancer -et même qui pense se reposer quelques instants- est abattu sur place.

 

Admission à Mauthausen - red


 

Et puis, à l’issue de ces marches auxquelles ont souvent succédé des parcours en wagons de marchandises ouverts (sous la neige, sans nourriture) les prisonniers survivants, de moins en moins nombreux, arrivent dans différents camps plus à l’Ouest. Pour David Olère ce sera Mauthausen (Autriche). Au bas de ce dessin, il écrit : "Admission à Mauthausen, janvier 1945. Durant 3 heures à – 12 ou – 15 ou plus, dans la neige, après la douche glacée". De ce point de vue, les modalités ne changent pas de celles vécues à l’arrivée à Birkenau…

 

 

Le Kapo Paulus à Melk - red


 

... et celles qui concernent le quotidien dans les baraques et l’attitude des Kapos non plus, comme le montre ce dessin au bas duquel David Olère a noté : "Mauthausen-Melk, capo Paulus pour mon sabotage".

Melk était un sous-camp de Mauthausen qui a eu un an d’existence (du début 44 à sa libération le 05 mai 45). Durant cette année de fonctionnement, plusieurs milliers de prisonniers y furent affectés, mais dans ce camp comme dans tous ceux qui ont été des points d’arrivée de Marches de la mort, les libérateurs ont trouvé un nombre considérable de prisonniers dans des conditions invraisemblables, rien n’ayant été prévu pour ces prisonniers surnuméraires.

En ce qui concerne Mauthausen, à sa libération, alors que les gardes SS s’étaient tous enfuis, les soldats de l’US Army trouvèrent près de 14.000 prisonniers et parmi eux de nombreux morts ou mourants.

 

Tunnel de Melk - red 


Mais lorsque David Olère a été envoyé à Melk, ce n’était pas encore le printemps ni la libération. Il a été affecté à un Kommando de travail de creuseur de tunnels. Là aussi, rien ne paraissait différent, tout semblait devoir continuer "indéfiniment"… c'est-à-dire jusqu’à ce que mort s’en suive.

A Melk, six galeries furent ainsi creusées dans des collines de sable et quartz destinées à abriter des usines Allemandes (industrie de guerre du Reich, notamment Daimler) des bombardements. L’entreprise de forage dans la colline de Rogendorf était nommée Schachtbau , connue sous le nom de Charbo par les Français.

Pour davantage d’informations sur Melk, voir la page spécifique que l’Amicale des prisonniers de Mauthausen lui consacre sur son site : http://www.monument-mauthausen.org/melk.html

 

 

Ebensee, 6 mai 45 - red


Pourtant, enfin, un jour arrive celui de la fin des tortures quotidiennes. David Olère est alors à Ebensee , autre sous-camp de Mauthausen, dans lequel il s’agissait aussi pour les prisonniers de creuser des tunnels. Le camp ayant été construit durant l’hiver 43-44, les travaux des 10 kms de galeries prévues par les SS étaient très avancés.

Mais en 1945, un afflux de prisonniers arrive à Ebensee . En février ce sont les premiers prisonniers évacués d’Auschwitz, ceux qui viennent de Melk arriveront début avril. La précarité matérielle devient extrême. Rien là non plus n’est évidemment prévu pour les seize mille prisonniers que les soldats de l’US Army trouveront le 06 mai 45 à leur arrivée, juste après la fuite des SS.

Nombreux sont alors les prisonniers, dans un tel état d’épuisement physique et mental, à ne pas parvenir à réaliser, comme David Olère lui-même, que cette fois le jour tant attendu est arrivé.

Libération.

Retour à la Liberté.

 

Sculpture 'le Cri' - red


C’est terminé, vraiment ? Je choisis de clore cette page sur le témoignage de David Olère par son art avec cette sculpture. Si les tortures mises en place par les SS, vues et endurées quotidiennement, sont terminées pour les survivants, ils n’en finiront jamais avec la souffrance mémorielle.

Le hurlement assourdissant, définitivement inscrit dans la pierre, de cette dernière œuvre présentée dans cette page-hommage, est celui que nous devons entendre. Celui des enfants, des femmes et des hommes victimes de l’extermination industrialisée, non pour ce qu’ils firent mais pour ce qu’ils furent. Celui de tous ceux qui en témoignèrent.