En préparation de deux sorties, l'une avec l'antenne locale du Mémorial de la Shoah et l'autre avec le Musée de la Résistance, j'ai eu le plaisir de travailler durant deux heures avec une classe du lycée professionnel où j'exerce. Un groupe intéressé et attentif, qui participait et prenait des notes. J'ai rédigé les grandes lignes de cette construction commune en trois parties : pourquoi la guerre, les principales étapes de 39 à 45 et enfin les aspects majeurs de la Résistance à Toulouse avec quelques exemples emblématiques.
Je propose ce texte en ligne, sans prétention, avec l'idée que, malgré ses manques et ses insuffisances, il sera peut être utile à d'autres.

 

BTS 2è année – CULTURE GÉNÉRALE – Septembre 2016

Au croisement des deux thèmes d'étude : la mémoire / l'extraordinaire

LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE et LA RÉSISTANCE à TOULOUSE

Des hommes ordinaires aux parcours extraordinaires

Mémoire toulousaine de la 2ème guerre mondiale.

 

1 ) RAPPELS : LES PRINCIPALES ÉTAPES DE LA GUERRE

 

Pourquoi la guerre ?

 

- Après la 1ère guerre mondiale, le Traité de Versailles est vécu par les Allemands comme une humiliation qui demande revanche (il inclut notamment des « réparations » financières lourdes et une interdiction de réarmement).

 

- Janvier 1933 : Hitler prend le pouvoir (il est Chancelier). Il impose la dissolution des partis autres que le sien (le parti « NaZi = NAtionalsoZIalist) et des syndicats. Son parti glorifie le peuple allemand « Deutschland über alles » (= l'Allemagne au-dessus de tout) et désigne les Juifs comme bouc émissaire (responsables de tous les maux).

 

- Mars 1933 : premier camp de concentration sur le territoire allemand, à Dachau (près de Munich). Il est destiné d'abord à des prisonniers politiques et aux personnes qualifiées d'asociales (SDF, …) En juillet de la même année, il y a déjà près de 30.000 prisonniers dans ce camp qui sera la matrice où seront formés de nombreux SS.

 

- Mars 1938 : Hitler ne cesse de parler d'un grand « Lebensraum » (espace vital) que le peuple allemand mériterait. Il commence par l'annexion de l'Autriche (appelée « Anschluss »).

 

- Septembre 1938 : accords de Munich (France, Gde-Bretagne, Italie) : Hitler est autorisé à annexer une partie de la Tchécoslovaquie,. Les pays européens signataires croient ainsi préserver la paix.

 

Faits essentiels

 

En 1939 

 

- 1er avril : en Espagne, l'issue de la Guerre civile amène la dictature du Général Franco au pouvoir. Ses adversaires, les Républicains, fuient en masse vers la France, c'est « la Retirada ». Parmi eux, beaucoup deviendront Résistants, particulièrement les anciens des Brigades internationales.

 

- 23 août : signature d'un pacte germano-soviétique, pacte de non-agression, qui prévoit par ailleurs la division de la Pologne entre ces deux pays.

 

- 1er septembre : l'Allemagne attaque la Pologne et l'envahit aisément (malgré les efforts des troupes polonaises) notamment grâce à sa supériorité en matériel militaire.

 

- 3 septembre : la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l'Allemagne.

 

En 1940 

 

- 10 mai : les troupes allemandes envahissent une partie de la France, on l'appellera la « zone occupée » (la moitié Nord du pays + la côte Atlantique).

 

- 17 mai : le Maréchal Pétain, fort de sa réputation lors de la 1ère guerre mondiale, devient chef d'état. Il s'attribue les pleins pouvoirs le 10 juillet. La France n'est plus une République dont la devise est « Liberté, Égalité, Fraternité » mais on parle de « L'État français » avec pour devise : « Travail, Famille, Patrie ». C'est le Régime de Vichy.

 

- 18 juin : appel, depuis Londres, à résister à l'envahissement de la France par le Général de Gaulle : « La France a perdu une bataille, mais la France n'a pas perdu la guerre ».

 

- 22 juin : signature de l'Armistice : la guerre est officiellement terminée.

 

- début octobre : lois de Pétain sur le « Statut des Juifs » qui se voient infliger restrictions et interdits (un Juif ne peut plus être journaliste ou enseignant par exemple) et décide de l'internement des Juifs étrangers vivant en France, notamment au camp de Gurs (dans les Pyrénées-Atlantiques, à 240 km au Sud-Ouest de Toulouse, près de Pau).

 

- 24 octobre : « poignée de main de Montoire » entre Pétain et Hitler : c'est la collaboration (politique, économique et militaire) qui remet les forces françaises entre les mains des Allemands.

 

- 11 novembre : ce jour férié (fêtant la défaite allemande de 1918) est évidemment désormais interdit. Des milliers de jeunes parisiens, lycéens et étudiants, parviennent à se coopter pour une manifestation aux Champs-Élysées. Cette manifestation est considérée comme le 1er acte de Résistance. Il est évidemment suivi de représailles (200 arrestations notamment).

 

En 1941 

 

- En juin : en Allemagne, Hitler rompt le pacte germano-soviétique et lance ses troupes à la conquête de l'URSS. C'est l'opération Barbarossa. Derrière la Wehrmacht (armée allemande officielle), officient les Einsatzgruppen (meurtres de masse des citoyens juifs). C'est aussi la date, en France, de l'ouverture du camp de Compiègne-Royallieu où transiteront de nombreux prisonniers politiques avant d'être envoyés vers les camps allemands de Pologne.

 

- En août c'est l'ouverture du camp de Drancy en banlieue parisienne, qui deviendra le camp de transit des Juifs de France avant leur déportation pour Auschwitz. Il fonctionnera jusqu'en août 44.

 

En 1942 

 

- En janvier, en Allemagne, c'est la « Conférence de Wannsee » où la décision d'extermination des Juifs d'Europe s'officialise et s'organise (entre mars et juillet, Belzec, Sobibor et Treblinka, tous trois centres de mise à mort, entreront en fonctionnement).

 

- Au printemps, part le 1er convoi de France vers Auschwitz. Le port de l’étoile jaune est imposé aux Juifs en zone occupée.

 

- En juillet c'est la Rafle du Vel'd'Hiv : 13.000 Juifs de Paris (soit 30 fois la population totale du lycée) sont amenés au Vélodrome de la capitale par des bus de ville. Parmi eux 1/3 sont des enfants. En 1945, de ces treize mille personnes, seules 100 seront survivantes.

 

- Au mois d'août, les Juifs internés dans les camps du Sud de la France sont déplacés en zone occupée. Le Cardinal Saliège, témoin de ces faits et de leur brutalité, écrit un texte dont il impose la lecture dans toutes les églises sous sa responsabilité (Extrait : « Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier».)

 

- Novembre : Fin de la zone « no-no » : toute la France est occupée.

 

En 1943 

 

- En févrie: Mise en place du STO (Service du travail obligatoire) pour les 20-23 ans. En Haute-Garonne, 8 à 9.000 jeunes partent en Allemagne. Les réfractaires (ceux qui s'opposent à cette obligation) entrent donc de fait en Résistance (maquis).

 

- Au printemps : Auschwitz-Birkenau, les 4 grandes structures d'extermination entrent en service. A Varsovie, capitale de la Pologne, c'est le soulèvement des derniers survivants du ghetto qui mettra les soldats allemands en échec durant un mois.

 

- 02 août : révolte des prisonniers du centre de mise à mort de Treblinka.

 

- 14 octobre : révolte des prisonniers du centre de mise à mort de Sobibor.

 

Ces deux camps seront alors démantelés.

 

En 1944 

 

- En jui: c'est le Débarquement de Normandie. Les Alliés viennent combattre sur le front de l'Ouest (176.000 hommes).

 

- 23 juillet : dans leur avancée vers l'Ouest, les troupes Soviétiques découvrent le camp de Majdanek que les SS ont abandonné en l'état.

 

- En août : libération de Paris, De Gaulle défile sur les Champs-Élysées.

 

En 1945 

 

- Le 30 avril, plus aucun espoir d'être vainqueur ne lui est permis : Hitler se suicide à Berlin.

 

Cette guerre aura été la plus meurtrière de l'histoire humaine avec 60 millions de morts dont :

 → 25 millions de Soviétiques (15% de la population totale),

 → 6 à 8 millions d'Allemands (dont 90% de la population juive d'Allemagne),

 → 5 à 6 millions de Polonais (16 à 17% de la population totale dont 3 millions de Juifs, soit 90% des Juifs de Pologne)

 → 500 à 600.000 Français (1,3% de la population du pays).

 

- Ce printemps verra la libération des camps, à l'Est par les troupes soviétiques, à l'Ouest par les troupes alliées. 3 millions de prisonniers de guerre soviétiques sont morts dans les camps, de même que 3 millions de Juifs. Au total, l'extermination des Juifs d'Europe voulue par la politique hitlérienne (aujourd'hui appelée « la Shoah ») aura fait 6 millions de victimes globalement réparties comme suit : 2 millions par les Einsatzgruppen sur le Front de l'Est, 1 million dans les ghettos et 3 millions dans les camps.

 

 

 

2 ) LA RESISTANCE : PRINCIPAUX ASPECTS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Les différents types de résistance

  

A – Actions de sabotage (ponts, voies ferrées,…) pour gêner les troupes allemandes

B – Actions de communication (tracts, journaux clandestins, …) information et contre propagande

C – Actions de protection (faux-papiers, cache de personnes, …)

D – Actions armées (pour se défendre ou abattre une personne ciblée)

E – Aides ponctuelles diverses (comme cet entrepreneur toulousain qui a proposé 10.000 litres de carburant aux forces résistantes)

 

 Les principales formes que prend la Résistance

 

- les réseaux (B, C)

- les maquis (A, D)

 - les personnes isolées (C, E)

 

 Quelques chiffres

 

En France : 141.000 déportés dont 75.000 « raciaux »

 42.000 pour « faits de résistance »

 350.000 Juifs vivaient en France, 76.000 ont été déportés, 3 % sont revenus.

 

 En Haute-Garonne : 617 exécutions

 1.370 déportations dont 1.068 à Toulouse

 416 internés.

 

 

3) QUELQUES EXEMPLES TOULOUSAINS

 

 

Aujourd'hui, 150 rues de Toulouse portent des noms de Résistant(e)s.

Je n'en citerai que quelques-un(e)s puisque, lors des deux sorties prévues, des spécialistes traiteront largement du sujet.

 

- Le 1er réseau : celui de Pierre BERTAUX (en 1941) avec les premiers parachutages organisés depuis Londres dès le mois d'octobre à Fonsorbes. Il sera capturé, emprisonné à St Michel, la prison toulousaine (cf station de métro actuelle), mais survivra à la guerre.

 

- Le réseau Françoise (Marie-Louise DISSARD) qui a compté jusqu'à 200 personnes (dont le nom a été choisi pour le lycée de Tournefeuille). Ce réseau organisait en particulier les passages vers l'Espagne. ML Dissard survivra à la guerre.

 

- Le GIF (Groupe Insurrectionnel Français) d'élèves du lycée Fermat (dont certains étaient fils de Résistants, tel le fils de Raymond NAVES, qui, lui aussi a été choisi pour nommer un lycée toulousain). Ils réalisaient des tracts. Ces jeunes passeront quelques temps en prison puis seront libérés.

 

- Le religieux avec le Cardinal SALIEGE et sa lettre du 23 août 1942 déjà évoquée, et Ariane FIKSMAN (dite Régine) qui a constitué le groupe « AJ » (Armée Juive) basé Rue de la Pomme, en centre ville (cache d'armes et de personnes en danger). Elle est tuée fin juillet 44 par la Milice.

 

- Les Frères LION, imprimeurs rue Croix-Baragnon, utilisaient leur matériel professionnel pour imprimer des journaux clandestins, de faux-papiers, … Arrêtés en février 44, enfermés à la prison St Michel puis déportés au camp de Mauthausen, ils n'en reviendront pas.

 

- Les FTP (Francs Tireurs et Partisans), groupe communiste crée lors de la rupture du pacte germano-soviétique par Hitler en 1941 et particulièrement la FTP-MOI (Main d'Oeuvre Immigrée) très active sur Toulouse avec Marcel (Mendel) LANGER, Juif de Pologne, à la tête de la 35è brigade toulousaine. Il avait auparavant fait partie des Brigades Internationales en Espagne. Il sera exécuté en juillet 1943 sur décision du tribunal de Toulouse et vengé par sa brigade.

 

- Le MUR (Mouvement Uni de la Résistance) voulu par De Gaulle pour coordonner et rendre plus fortes les actions des Résistants, avec François VERDIER (dit Forain), commerçant, qui sera pris et assassiné par les Allemands en forêt de Bouconne en janvier 44.

 

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